jeudi 6 août 2009

Pénurie

La pénurie continue
Avec un port bloqué et débloqué par intermittence, et des transporteurs qui hésitent à s’y aventurer, les produits de base sont toujours absents de nombreux rayons. Quand les grandes surfaces ne sont pas purement et simplement fermées par l’USTKE.

Si la circulation a pu reprendre de façon quasi normale dans Ducos, le port est toujours victime d’un jeu de cache-cache entre les gendarmes et l’USTKE. Tantôt il est bloqué, tantôt il est ouvert. Mais quoi qu’il en soit, les conteneurs ne sortent qu’en très petite quantité. Sur les quatre sociétés de transport routier qui traitent le fret maritime, une seule avait osé jusqu’à hier y aventurer ses camions. On est donc très loin d’un retour à la normale.
Dans les rayons de la plupart des supermarchés, on ne trouve plus (ou pratiquement plus) ni pain, ni farine, ni pâtes, ni œufs. Et plusieurs grandes surfaces ont été bloquées hier par l’USTKE. Certaines stations-services ont pu être réapprovisionnées en bouteilles de gaz, mais pas toutes. Il faudrait des jours pour toutes les réassortir.
Mardi, les éleveurs de volailles et de poules pondeuses, à court de denrées alimentaires, ont reçu un stock pour quelques jours. Mais voilà, plus de la moitié de la production d’œufs du territoire se fait au sud de Saint-Louis, où plus aucun véhicule ne passe depuis le blocage d’hier matin. Quelques centaines de milliers de volailles sont donc à nouveau menacés de famine, et même d’extermination.

Camions caillassés ou sabotés aux abords du port


La pénurie commence à se faire sentir aussi en matière de médicaments. Un conteneur destiné au CHT a été sorti du port et transporté sous escorte policière jusqu’à destination.
Mais la situation reste chaotique. Pourquoi trois transporteurs sur quatre n’osent pas sortir de marchandises du port ? Parce que tous ont été menacés de représailles. Un seul est passé outre. STTR, société dirigée par Claude Vidal. « Lundi, un de mes camions a chargé un conteneur et l’a transporté jusqu’à son destinataire, une entreprise de Nouville. Il a été suivi par des gens de l’USTKE. Profitant d’un arrêt, un homme a sectionné les durites de frein de la remorque », explique le chef d’entreprise qui a porté plainte. Un autre a reçu une grosse caillasse sur la benne alors qu’il était au feu rouge, devant le musée maritime.
Claude Vidal déplore que les autres transporteurs n’agissent pas comme lui. « On pourrait alors organiser des convois sécurisés. » Mais il ne les accuse pas pour autant. « Ce n’est pas facile de convaincre les chauffeurs d’aller sur le port. Il y a la peur. Il y a aussi le fait que chauffeurs et personnels du port se connaissent, puisque, en temps normal, ils travaillent ensemble. »

Plus de laits spéciaux pour bébés fragiles
C’est le directeur général de Nouméa Gros lui-même qui lance ce cri d’alarme. Son entreprise est la seule du territoire à approvisionner les pharmacies en laits spéciaux pour bébés fragiles. Il s’agit de laits « hypoallergéniques » pour les nourrissons souffrant d’allergies, ou de laits anti-régurgitation pour ceux ayant des problèmes de vomissements avec risque d’étouffement, ou encore de laits adaptés aux bébés présentant une intolérance au gluten.
« Auparavant, il y avait deux grossistes à approvisionner ce segment très spécial. Nestlé a arrêté. Maintenant nous sommes les seuls avec les marques Galia et Blédilait. Or, nos stocks sont pratiquement épuisés . » Et il n’existe pas de produits de substitution pour ces enfants qui peuvent très vite développer des complications si on les alimente avec un lait classique.
« S’il y a pénurie, quelques centaines de bébés fragiles vont se retrouver en grand danger », prévient le dirigeant d’entreprise. La seule solution sera l’hospitalisation et la mise sous perfusion. »
Naturellement, Nouméa Gros dispose de réserves, mais elles sont dans des conteneurs, sur le port. Si les conteneurs en question ne sont pas rapidement sortis, les pharmacies (seules habilitées à vendre ces produits) seront elles-mêmes en rupture de stock à la fin de la semaine.
Une cellule d’urgence au patronat
Tous syndicats confondus, les organisations patronales ont décidé de créer une « cellule d’urgence » pour aider à l’acheminement des marchandises en attente au port. Cette cellule centralisera les demandes et les hiérarchisera en fonction de leur degré d’urgence. « Seront traités de façon prioritaire les produits relatifs à la santé, l’alimentaire périssable, les produits de première nécessité ainsi que la nourriture pour animaux d’élevage » précise le communiqué publié par la chambre de commerce et d’industrie.
Les chefs d’entreprise sont donc invités à se rendre sur le site www.cci.nc pour y télécharger l’imprimé créé à cet effet, et à le renvoyer par fax au 24 31 31 ou par mail à dce@cci.nc.
Dans les rayons de la plupart des supermarchés, on ne trouve plus (ou pratiquement plus) ni pain, ni farine, ni pâtes, ni œufs. - Jacquotte Samperez

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